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Méditer selon Emmanuel Carrère...


Je viens tout juste de terminer un livre délicieux... le dernier livre d'Emmanuel Carrère: YOGA... peut-être en avez-vous entendu parlé, car il a fait le buzz à la rentrée de septembre... un peu en avance sur la 2ème vague...

Dans ce livre, Emmanuel Carrère partage sans filtres son expérience de la méditation, en propose plusieurs définitions, et nous livre ses expériences concrètes, nues et sincères.

Je ne peux résister à vous en livrer ici un extrait... à méditer...


"Pourtant, je pense du haut de mon infime expérience qu’on peut accéder à la méditation par un chemin moins escarpé, un petit chemin de rien du tout, praticable par tous, et que la technique pour s’y engager s’apprend en cinq minutes. Elle consiste à s’asseoir et à rester un certain temps immobile et silencieux. Tout ce qui se passe pendant ce temps où on reste assis, immobile et silencieux, c’est la méditation. J’en ai souvent cherché une bonne définition – aussi juste, aussi simple, aussi englobante que possible – et j’en ai trouvé plusieurs autres que je sortirai de mon sac au fil de ce récit, mais celle-ci me semble la meilleure pour commencer parce que c’est la plus concrète, la moins intimidante. Je répète : la méditation, c’est tout ce qui se passe en soi pendant le temps où on est assis, immobile, silencieux. L’ennui, c’est la méditation. Les douleurs aux genoux, au dos, à la nuque, c’est la méditation. Les pensées parasites, c’est la méditation. Les gargouillis dans le ventre, c’est la méditation. L’impression de perdre son temps à faire un truc se spiritualité bidon, c’est la méditation. Le coup de téléphone qu’on prépare mentalement et l’envie de se lever pour le passer, c’est la méditation. La résistance à cette envie, c’est la méditation. C’est tout. Rien de plus. Tout ce qui est en plus est en trop. Si on fait ça régulièrement, dix minutes, vingt minutes, une demi-heure par jour, alors ce qui se passe pendant ce temps où on reste assis, immobile et silencieux, change. La posture change. La respiration change. Les pensées changent. Tout cela change parce que tout change, de toute façon, mais tout cela change aussi parce qu’on l’observe. On ne fait rien, en méditation, on ne doit surtout rien faire, sauf observer. On observe l’apparition des penses, des émotions, des sensations dans le champ de la conscience. On observe leur disparition. On observe leurs pilotis, leurs points d’appui, leurs lignes de fuite. On observe leur passage. On n’y adhère pas, on ne les repousse pas. On suit le courant sans se laisser emporter. A force de faire ça, c’est la vie même qui change. On ne s’en rend pas compte, d’abord. On a la vague impression d’être au bord de quelque chose. Petit à petit, ça se précise. On se décolle un peu, un tout petit peu, de ce qu’on appelle soi. Un tout petit peu, c’est déjà beaucoup. C’est déjà énorme. Ça vaut la peine. C’est un voyage..."

Yoga, Emmanuel Carrère, P.O.L éditeur, 2020



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